Le ministère de l'économie a publié le 3 septembre 2026 le bilan à un an du plan national Osez l'IA. Le chiffre d'accroche est impressionnant : plus de 35 000 entreprises sensibilisées, 615 ambassadeurs de l'IA déployés dans vingt régions et treize secteurs, 88 prestataires de solutions référencés pour les PME et ETI.
Un autre chiffre du même bilan mérite pourtant plus d'attention que les précédents. Seulement 70 diagnostics Data IA ont été effectivement engagés depuis le lancement du plan, sur un objectif révisé à la hausse à 1 000 pour la phase suivante. L'article du 23 juin dans cette rubrique décrivait ce dispositif, qui finance 40 % du coût d'un diagnostic IA pour les PME et ETI de 10 à 2 000 salariés.
Sur 35 000 entreprises touchées par une action de sensibilisation, 70 sont allées jusqu'au diagnostic financé. Ce n'est pas un échec du dispositif, puisque la sensibilisation et le diagnostic ne visent pas le même public ni le même niveau d'engagement : il serait absurde d'attendre qu'une majorité des entreprises informées franchisse le pas en quelques mois seulement. C'est en revanche une mesure concrète, chiffrée par l'État lui-même, de la distance qui sépare « avoir entendu parler de l'IA » et « avoir engagé une démarche structurée pour l'évaluer ».
La ministre chargée du numérique, Anne Le Hénanff, résume l'ambition de la phase suivante en une formule que le communiqué met en avant : passer de la sensibilisation à l'action. La plateforme « Accélérez avec l'IA », qui recense aujourd'hui 54 cas d'usage documentés, poursuit le même objectif par un autre biais. Montrer des exemples concrets plutôt que des principes généraux.
Ce fossé entre information et action n'est pas propre au plan gouvernemental. L'article du 15 juillet dans cette rubrique relevait déjà, à partir du baromètre Bpifrance, que 65 % des entreprises n'utilisant pas l'IA et ne prévoyant pas de s'y mettre invoquaient l'absence d'usage identifié pour leur activité. Pas un manque d'information générale sur l'existence de ces outils, mais l'incapacité à relier cette information à leur propre fonctionnement.
Le bilan d'Osez l'IA illustre ce même mécanisme à l'échelle d'une politique publique entière, avec des moyens autrement plus importants qu'une campagne de communication isolée. Six cent quinze ambassadeurs sur le terrain n'ont, à eux seuls, engagé qu'une fraction marginale des entreprises rencontrées vers un diagnostic concret. La difficulté n'est donc pas de faire connaître l'IA ; elle est de transformer une information générale en décision pour une entreprise précise, avec ses propres processus et ses propres contraintes.
Le dispositif de financement à 40 % existe, il est actif, et il reste très largement sous-utilisé au regard du nombre d'entreprises déjà informées de son existence. Une PME éligible qui hésite encore à engager un diagnostic dispose donc, très concrètement, d'un financement public réel plutôt que d'une promesse en discussion. Cela change la nature de la décision à prendre : il ne s'agit plus de savoir si l'aide existe, mais de vérifier son éligibilité et de passer à l'étape suivante avant que le dispositif n'évolue.
Le chiffre de 70 diagnostics engagés dit aussi, en creux, que la file d'attente n'est pas le problème actuel de ce dispositif. Une entreprise qui s'y engage aujourd'hui ne rejoint pas un guichet saturé. Elle rejoint un dispositif qui cherche encore, un an après son lancement, les entreprises capables de le mobiliser vraiment.