Fin 2025, 55 % des TPE-PME françaises déclaraient recourir à l'IA générative, contre 31 % un an plus tôt et 15 % fin 2023. Le chiffre vient du 82e baromètre semestriel de conjoncture de Bpifrance Le Lab, mené sur 4 722 réponses entre le 5 novembre et le 2 décembre 2025, publié le 13 janvier 2026.
En deux ans, la proportion d'entreprises utilisatrices a été multipliée par 3,7 — Bpifrance parle d'un « basculement des usages ».
Derrière le titre, le détail raconte autre chose.
Sur les 55 % d'entreprises utilisatrices :
Les usages, eux, restent concentrés sur l'assistance individuelle : génération de contenus écrits (72 % des utilisateurs), recherche et analyse de données (67 %), traduction (34 %), génération de visuels (29 %), relecture (22 %).
Chez les entreprises qui n'utilisent pas l'IA et ne comptent pas s'y mettre, 65 % expliquent ne pas identifier d'usage pertinent pour leur activité.
Tous les usages en tête du classement ont un point commun : c'est une personne, devant un chatbot, qui gagne des minutes sur une tâche ponctuelle. Rédiger un email plus vite, résumer un document, traduire une plaquette. C'est réel, mais ça ne change pas la structure des coûts de l'entreprise : le processus reste le même, avec un humain à chaque étape.
L'automatisation de processus, c'est autre chose : le traitement des factures fournisseurs qui ne passe plus par une ressaisie manuelle, les relances clients qui partent sans qu'on y pense, les données qui circulent entre les outils sans copier-coller.
Ces gains-là ne se mesurent pas en minutes par tâche mais en heures par semaine — et ils ne figurent presque pas dans les usages déclarés du baromètre.
Le chiffre des 65 % qui « n'identifient pas d'usage pertinent » se lit à cette lumière : quand on cherche l'IA dans une fenêtre de chat, on ne la trouve effectivement pas partout.
Les usages à plus fort impact ne se voient pas depuis l'outil — ils se voient depuis le processus. Il faut regarder où les heures partent : les saisies en double, les relances oubliées, les tableaux reconstruits à la main chaque mois.
Deux conclusions pratiques.
Personne n'est en retard. Si votre usage de l'IA se limite à ChatGPT de temps en temps, vous êtes dans la situation de la majorité des entreprises françaises. Le baromètre le montre : l'adoption régulière et structurée reste minoritaire, même chez les utilisateurs.
L'écart compétitif ne se joue plus sur « utiliser ou non ». À 55 % d'adoption, utiliser un chatbot n'est plus un avantage — c'est la norme. Ce qui différencie désormais, c'est le passage de l'assistance individuelle à l'automatisation des processus : identifier les tâches répétitives qui coûtent des heures, les chiffrer, et construire le système qui les absorbe. C'est un travail d'analyse avant d'être un choix d'outil.
Vous ne voyez pas le vôtre ? C'est exactement le travail de l'audit : le trouver, et le chiffrer.